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Robespierre, sa vie, son oeuvre

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Biographie de Robespierre

Maximilien François Marie Isidore de Robespierre, né le 6 mai 1758 à Arras (Pas-de-Calais), mort le 28 juillet 1794 à Paris place de la Concorde était un avocat et un homme politique français, chef des Montagnards, il incarna la « tendance démocratique » jusqu’au-boutiste de la Révolution française. Il reste également l’un des personnages les plus controversés de cette période, surnommé « l’Incorruptible » par ses partisans, « la chandelle d’Arras » par ses opposants royalistes puis « dictateur sanguinaire » pendant la Terreur.

Biographie détaillée:

Maximilien Marie Isidore est né le 6 mai 1758 à Arras. Son père, François de Robespierre, âgé de 26 ans, est alors avocat au Conseil d'Artois. Il est issu d’une lignée d’hommes de loi de la petite bourgeoisie artésienne. Sa mère, Jacqueline Marguerite Carraut a alors 21 ans. Elle est pour sa part, issue d'un milieu plus populaire mais néanmoins d'une famille d'honorables brasseurs. Elle donnera ensuite naissance à Charlotte, le 5 février 1760, puis à Henriette le 28 décembre 1761 ( qui mourra d'anémie à l'âge de 19 ans le 5 mars 1780) et enfin à Augustin Bon, dit 'Bonbon', le 21 janvier 1763. Maximilien perd rapidement sa mère qui s’éteint, victime de la tuberculose le 14 juillet 1764, en mettant au monde une dernière petite fille qui succombe également. A partir de ce moment, François de Robespierre, premier avocat au Conseil Supérieur d'Arras, délaisse sa famille.

En 1767, il entame une série de voyages en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Sans doute établi comme enseignant en droit, c’est à Mannheim qu’il meurt le 6 novembre 1777, sans avoir repris contact avec ses proches. Les quatre enfants survivants se retrouvent orphelins. Les deux garçons, Maximilien et Augustin furent confiés aux grands-parents maternels, la famille Carraut d’Arras. Les deux filles, Charlotte et Henriette, sont recueillies par leurs tantes paternelles qui parviendront à les scolariser dans un établissement charitable de Tournai créé par les soeurs Manarre pour les jeunes filles pauvres.

Le jeune Maximilien, sensible, est très marqué par la perte de sa mère ; le départ de son père semble l’investir de nouvelles responsabilités qui feront de lui un enfant sérieux au caractère trempé. Il choisit de se réfugier dans le travail et se consacre essentiellement aux études. C’est ainsi qu’il obtient, grâce au soutien de Mgr de Conzié, évêque d’Arras, une bourse au lycée Louis le Grand à Paris.

A l'automne 1769, Maximilien quitte sa ville natale. Il allait passer douze années au Lycée Louis le Grand, ne revenant chez les Carraut que pour les rares vacances. Grâce à la qualité de son travail, il fut cité par trois fois à l'ordre de l'Université. C’est ainsi que le 15 juin 1775, parce qu'il était le meilleur élève, il fut choisi pour réciter le compliment au roi, au retour du couronnement à Reims. Le 31 juillet 1780, il devint bachelier puis licencié en droit le 15 mai 1781.

Après de brillantes études passées à Paris, Maximilien de Robespierre s'en retourne dans sa ville natale où il devient avocat et intègre le Barreau d'Arras. Le 8 novembre 1781, il prête serment devant la Cour. Il s’installe avec sa sœur Charlotte, rue du Saumon tandis qu’il obtient une bourse pour Louis le Grand à son jeune frère Augustin. Il traite ses 17 premières affaires en 1782. Il n'a pas encore 24 ans lorsqu'il est nommé juge au Tribunal Episcopal, le 9 mars 1782. C'est peu de temps après que le Président Madré, second au Conseil d'Artois, le choisit comme secrétaire.

En 1783, il traite dix-huit affaires dont la célèbre 'affaire du Paratonnerre' qui le voit défendre les idées des Lumières qui lui sont chères. C'est à Louis le Grand que Maximilien avait découvert les nouvelles idées philosophiques et notamment Jean-Jacques Rousseau, avec le Contrat Social (apologie de la démocratie) et le Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (égalité des droits) qui marquera tant sa vision politique.

C’est un jeune homme brillant, bien intégré à la bonne société provinciale de son temps. Il fait partie de l'académie des Belles Lettres d'Arras dont il sera élu directeur le 24 février 1786. A partir de mai 1787, il délaissa un peu cette académie pour se rendre plus souvent chez les 'Rosati'. Cette jeune société littéraire avait été fondée en 1778 et avait pour emblème, une rose. Par ailleurs, le terme 'Rosati' représentait l'anagramme 'd'Artois'. Ce fut le 22 juin 1787, justement le jour de la 'Fête des Roses' que Maximilien y fut intronisé. Il participe aux nombreuses réceptions (dont l’intronisation de Lazare Carnot) et composera une série de poèmes qui parlent des femmes, de l’amour et du vin…

Il participe aux concours académiques très en vogue et obtient un prix pour son Mémoire sur les bâtards par l’Académie de Nancy. Survient alors 'l'affaire Deteuf' où il défend un homme injustement accusé par la toute puissante abbaye d’Anchin. Robespierre se jette corps et âme dans la bataille où il fustige les abus de l’Eglise et de ses servants. Cette attaque frontale des institutions au nom de la justice et de la défense des humbles entraîne une nette diminution des affaires qu’il a à traiter.

C’est dans ce climat que Robespierre entre en politique à l'annonce de la convocation des Etats Généraux. La campagne électorale est dure en Artois où s’oppose les élites traditionnelles, représentées par les Etats d’Artois et les tenants des réformes et du changement. Il publie la remarquable Adresse à la Nation artésienne sur la nécessité de réformer les Etats d'Artois où il dresse un réquisitoire très documenté sur les abus de l’administration provinciale. Il se limite alors à des vues réformistes et place ses espérances en Necker. Considérant Louis XVI comme 'le Père du peuple, comme la Providence', il conjure le roi 'd'opérer une révolution, de former à la face du ciel et de la terre, cette alliance immortelle qui doit réconcilier la politique humaine avec la morale.

Maximilien apparaît déjà comme le défenseur des plus humbles : il est choisit par la corporation la plus pauvre d’Arras, celle des savetiers mineurs, afin de les aider à rédiger leur cahier de doléances. Le 26 avril 1789, il est élu député du Tiers Etat d'Artois au Etats Généraux du Royaume convoqués à Versailles pour le 5 mai suivant.

Élu député, il se sent soudain revêtu de toute l’autorité que donnait une souveraineté du peuple toute neuve, en même temps qu’investi d’une haute mission, celle de régénérer la nation dans sa structure et son esprit. Du coup Robespierre devint un homme nouveau, libéré de la timidité et du souci des autorités, si apparents dans ses mémoires de concours. D’emblée, il sent la puissance des résistances opposées à ses aspirations, comprend l’un des premiers qu’il faudra combattre farouchement et se persuade de l’existence et de la force d’un 'complot des ennemis du peuple'. Il lui appartenait de dénoncer inlassablement, énergiquement, tout ce qui s’opposait à la promulgation et à l’application des 'principes', des axiomes qui guideraient l’action révolutionnaire et sur lesquels s’édifierait la société nouvelle, harmonieuse et définitive: singulièrement l’égalité de droits, la bonté et la quasi-infaillibilité du peuple, l’efficacité souveraine de la vertu pour assurer le bonheur.

Orateur inlassable, minutieux et inflexible, il devient l’un des chefs des démocrates, censurant l’oubli des principes, réclamant le suffrage universel, l’admission de tous dans la garde nationale, dans les jurys des tribunaux, s’opposant à la répression brutale des mouvements populaires. Il gagne ainsi l’admiration des Parisiens et des Arrageois à la fin de l’Assemblée et l’offrande de son buste couronné par les Jacobins.

Le 16 mai 1791, il fait voter une loi qui interdit aux Constituants d'être rééligibles à la prochaine assemblée. C'est le plus grand succès parlementaire de Maximilien qui parvient à évincer les soutiens roi, alors majoritaires, en jouant des divisions et de la lassitude de certains élus :'Pour nous, hors de l'Assemblée législative, nous servirons mieux notre pays qu'en restant dans son sein. Nous éclairerons ceux de nos concitoyens qui ont besoin de lumières, nous propagerons partout l'esprit public, l'amour de la paix, de l'ordre, des lois et de la liberté'.

N'ayant plus de charge parlementaire, Maximilien part un mois et demi à Arras. Il est accueilli avec fierté par Charlotte et Augustin, triomphalement par le petit peuple, beaucoup plus froidement par les autorités locales. C'est donc avec une autorité intacte que, de septembre 1791 à septembre 1792, n’étant plus député, selon une règle qu’il avait fait accepter, il milite sans trêve au club des Jacobins.

Lorsqu'il revient à Paris, le 28 novembre 1791, Maximilien se trouve confronté à l'hystérie guerrière qui avait frappé la capitale en son absence. Robespierre ne voulait à aucun prix de cette guerre qui compromettrait l'avenir d'une Révolution qui n'était pas encore terminée. C'était courir au désastre que de vouloir affronter l'ennemi extérieur avant d'avoir jugulé celui de l'intérieur. D'autre part, l’armée était si désorganisée par l'émigration des officiers nobles que le désastre était inévitable.

Le 16 décembre 1791 aux Jacobins, Brissot fait l'apologie de la guerre : il fallait détruire Coblence ! Robespierre lui répond deux jours plus tard à la seule tribune qui lui était désormais ouverte. A tous ceux qui avaient dépeint la gloire des expéditions militaires, il en montre toute l'horreur : souffrances, gaspillage de fonds publics, césarisme : 'Tout cela pourquoi? Pour exporter la Révolution française? Nullement, personne n'aime les missionnaires armés. Pour la liberté? Pas du tout. La guerre fait le lit du despotisme'.

Car c'est bien là que résidait la principale défiance de Robespierre : que cette guerre serve de tremplin à La Fayette pour s'emparer du pouvoir et instaurer une dictature militaire. Durant les semaines qui vont suivre, Maximilien va s'acharner à combattre les arguments belliqueux de ses adversaires, seul, ou presque, contre tous. Pour peser sur l’opinion, comme le font les Girondins, Maximilien Robespierre fait paraître le 17 mai 1792, le premier numéro de son Défenseur de la Constitution. Là, dans son propre journal, il prend la défense des soldats patriotes mais principalement, il s'attaque à La Fayette et aux généraux Feuillants dont la complicité avec la cour s'étale au grand jour. Le sabotage de la guerre, la préparation d'un coup d'Etat était tellement flagrante que même les Brissotins réagissaient en prenant des mesures de fermeté.

C’est la guerre, plus exactement les revers militaires, si souvent appréhendés par Maximilien Robespierre qui vont contraindre l'Assemblée, le 11 juillet 1792 à décréter 'la Patrie en danger'. Dorénavant, des mesures d'urgence pourront être prises sans avoir à être soumises au veto. Le soir même aux Jacobins, Robespierre commente cette décision : 'La patrie est en danger parce qu'il existe une cour scélérate et inconvertissable. Si dans un mois, la patrie est encore en danger, si l'état des choses n'est pas entièrement changé, il faudra dire : la nation est perdue.'

Le 29 juillet 1792, Maximilien définit les bases et les objectifs d'une insurrection et demande la déchéance du roi : 'Il faut que 1'Etat soit sauvé, de quelque manière que ce soit ; il n'y a d'inconstitutionnel que ce qui tend à sa ruine'. Il propose l'élection d'une nouvelle assemblée au suffrage universel direct. La prise du château des Tuileries, le 10 août 1792 par les sans culottes et les fédérés sous la conduite de la Commune Insurrectionnelle permet la mise en oeuvre de ce programme. Dès le lendemain , Robespierre est nommé représentant de la Commune.

Elu à la Convention par plusieurs départements (dont celui du Pas-de-Calais), Robespierre choisira d'être l'élu du peuple parisien. Dés les premiers débats, il se heurte aux Brissotins (ou Girondins) que l'ambiguïté des positions sous la Législative avait fait se heurter à l'Incorruptible. Il se rallie à la République, proclamée le 21 septembre 1792 après la victoire de Valmy. En effet, pour lui, la forme du régime importe moins que les objectifs que celui-ci se propose d'atteindre. C'est ce qu'il résume par la phrase : 'Est-ce dans les mots de république ou de monarchie que réside la solution du grand problème social ?'.

Le premier moment d'affrontement entre Brissotins et Montagnards se fera autour du Procès du roi, rendu obligatoire après la découverte de documents aux Tuileries compromettants toute la Cour. Robespierre, suivant St Just, se prononce pour l'exécution de Louis XVI : ' Il n'y a point ici de procès à faire ; Louis n'est point un accusé ; vous n'êtes point des juges. Je prononce à regret cette fatale vérité, mais Louis doit mourir parce qu'il faut que la patrie vive.'

Le 16 janvier 1793, lors de l'appel nominal des députés, il parvient à emporter le vote de toute l'Assemblée pourtant dominée par ses adversaires : 'Le sentiment qui m a porté à demander, mais en vain à l'Assemblée Constituante, l'abolition de la peine de mort est le même qui me force aujourd'hui à demander qu'elle soit appliquée au tyran de ma patrie et à la royauté elle même dans sa personne. Je vote pour la mort.'

Les Brissotins qui dominent le gouvernement et l'assemblée vont alors tenter une attaque en règle contre les chefs montagnards. Robespierre, mais aussi Danton ou encore Marat seront les cibles de cette offensive généralisée à la Convention, aux Jacobins et dans la presse. Ainsi, Louvet prononcera sa fameuse robespierride, attaque directe contre la Commune populaire ponctuée par la phrase 'Je t'accuse, Robespierre...'. Ce dernier se défend pied à pied en se posant comme le champion des sans-culottes : ' Et si, pour conserver leur [les Brissotins] puissance, il leur fallait rétablir un roi, pourraient-ils hésiter ? Ils sont les honnêtes gens, les gens comme il faut de la République. Nous sommes les sans-culottes et la canaille'.

Les Girondins sortent affaiblis de cette confrontation d'autant qu'ils ne parviennent ni à juguler la crise économique , ni à conduire efficacement la guerre qu'ils ont tant voulu. En avril 1793, la trahison du général girondin Dumouriez va précipiter le cours des choses. Maximilien prononce alors un véritable réquisitoire contre les principaux chefs Girondins :'Les Girondins ont regardé le peuple comme un stupide troupeau destiné à être conduit par le plus habile ou par le plus fort... Ils ont de bonne heure épouvanté les citoyens du fantôme de la loi agraire; ils ont séparé les intérêts des riches de ceux des pauvres; ils se sont présentés aux premiers comme leurs protecteurs contre les sans-culottes'. Il prépare les conditions d'une insurrection populaire contre les Brissotins : les 31 mai et 2 juin, ceux-ci sont arrêtés sous la pression populaire des sans-culottes parisiens.

L'élimination des Girondins ne règle pas tout : la situation léguée par eux empire de jour en jour. La République n'est plus qu'une grande citadelle assiégée : les frontières sont enfoncées par les armées de toute l'Europe coalisée, l'insurrection royaliste vendéenne s'étend tandis que des révoltes fédéralistes éclatent dans les provinces d'origine des ex-députés girondins. C'est dans ce contexte que Maximilien Robespierre est élu au Comité de Salut Public en remplacement de Danton le 27 juillet 1793.

Il va, dés lors, y déployer un zèle et une activité extraordinaire : l'homme politique s'avère un extraordinaire homme d'état. Il est aussi l'orateur le plus respecté de la Convention et des Jacobins où il est toujours aussi assidu. Sa popularité ne se dément pas, même après son entrée au gouvernement.

A l'automne, sous la pression des Enragés, la Convention doit accepter des mesures de Terreur : loi des suspects, loi contre les accapareurs, maximum des prix, armée révolutionnaire... Les Hébertistes réclameront toujours plus de Terreur qui leur permet de peupler les nouvelles institutions de leur partisans et de s'ériger comme un pouvoir concurrent à celui de la Convention.

Robespierre parvient à faire mettre en place le Gouvernement Révolutionnaire qui doit permettre au pouvoir central d'encadrer la Terreur et de reprendre l'initiative. Dés l'hiver, Robespierre enraye la déchristianisation menée par certains représentants en mission hébertistes qui, par leurs excès, discréditaient la Révolution. Tout le pays est mobilisé contre les ennemis et l'embellie ne tarde pas. Dés l'automne, l'insurrection fédéraliste n'est plus un danger : les Vendéens sont écrasés en décembre et l'hiver et le printemps de 1794 voient les victoires françaises se succéder jusqu'à celle de Fleurus qui libère le territoire : le Comité de Salut Public a bien mérité de la Patrie!

Les divisions entre montagnards s'accentuent alors ; c'est la lutte des factions entre les Hébertistes qui poussent à plus de Terreur, les Dantonistes qui prônent une politique de compromis avec les ennemis et ceux que l'on appelle désormais les Robespierristes, solidaires du Gouvernement Révolutionaire et de son action. C'est Robespierre qui mène la lutte sur les deux fronts et parvient à abattre les chefs des deux factions malgré le soutien sectionnaire à Hébert et l'aura de Danton chez les députés. La victoire du Gouvernement Révolutionnaire n'aura fait que 40 victimes.

Désormais, comme l'affirme St Just, ' la Révolution est glacée' : le mouvement sectionnaire et la Convention sont soumis aux Comités. Les Robespierristes vont pouvoir appliquer leur programme. Le trimestre qui sépare la lutte des factions de la chute de Robespierre est encore parfois appelé 'la dictature de Robespierre'. Pour tordre définitivement le cou à cette légende , écoutons l'historien Louis Trénard : 'Il se défendit jusqu'à son dernier souffle d'avoir été dictateur. Était-ce à juste titre? Assurément aucune magistrature comportant les pleins pouvoirs ne lui fut attribuée, jamais d'ailleurs il ne le demanda. Robespierre était membre d'un comité puissant, mais il n'y était soutenu que par Couthon et Saint-Just, les autres membres n'approuvaient pas sa politique. De plus, le comité dépendait de la Convention et, là non plus, Robespierre n'était pas sûr de rallier la majorité. D'autre part, le Comité de sûreté générale, sauf deux de ses membres, ne soutenait pas Robespierre. En revanche, il n'est pas douteux que Robespierre disposait d'un immense prestige et d'une vaste audience auprès des démocrates, des Jacobins, des sans-culottes de Paris et de province, grâce à quoi il pouvait souvent imposer ses vues.'

Les factions abattues,deux décrets, les décrets de ventôse, avaient décidé le séquestre des biens des suspects au profit des patriotes indigents, mesure dont l'audace fut tempérée parsa très faible application. Dans le précieux carnet qu'il portait le 9 thermidor, on lit bien que les 'bourgeois' étaient les ennemis, mais il n'était pas question d'un transfert de propriété. Robespierre décevait alors Babeuf.

La Grande Terreur ne fut pas l'œuvre du seul Robespierre, bien que les tentatives d'assassinat qu'il essuya l'aient précipitée. Grâce aux revers subis par les ennemis du dehors puis du dedans, Robespierre crut pouvoir entamer l'œuvre d'édification de la société qu'il croyait la seule conforme aux principes, donc légitime et définitive. Il annonçait la liberté, le bien-être, l'essor du commerce et des arts, la disparition de la richesse excessive et de la corruption, en somme le bonheur général. Le moyen était la vertu, favorisée par des institutions neuves et efficaces. Cet épanouissement des âmes s'accomplirait sous les auspices de l'Être suprême, garant de l'harmonie. Lorsque Robespierre pontifia au cours de la fête fameuse du 8 juin, le processus était engagé qui devait conduire à la république démocratique et vertueuse des petits propriétaires, libres, égaux en droit et en considération, tous dévoués au bien commun.

Les possibilités et les risques ne lui apparurent pas nettement. Mal informé, obstiné, malgré les instances d'amis et de correspondants, fatigué aussi par un surmenage prolongé provoquant des dépressions, il ne vit pas grandir l'inquiétude de ceux qui, traversant ses desseins, se sentaient menacés. Il ne comprit pas non plus que les victoires militaires rendaient la Terreur moins acceptable. Il voulut épurer le Comité de salut public de ses ennemis en s'appuyant sur la Convention, les clubs et les comités révolutionnaires. Il cessa de participer aux séances du comité, laissant le champ libre à ceux qu'il avait humiliés et menacés. Il perdit du temps. Lorsqu'il intervint à la Convention le 26 juillet, il ne fut pas suivi. Mis hors la loi, il refusa de patronner l'insurrection populaire, peut-être même tenta-t-il de se suicider. Le 28 juillet 1794 (10 thermidor, an II), il fut guillotiné.

Cette fin souligne la complexité de l'homme, le manque de contacts avec ce peuple qu'il aimait plus qu'il ne le fréquentait, ses hésitations et ses scrupules dans l'action, qui contrastaient avec sa résolution pour défendre les principes dans la législation et la justice révolutionnaires. Sa foi, sa sincérité, son incorruptibilité ne suffisaient pas à l'œuvre exaltante qu'il avait entamée cinq ans plus tôt.




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